La Richesse

(… ) la pauvreté est pour les uns l’épreuve de la patience et de la résignation ; la richesse est pour les autres l’épreuve de la charité et de l’abnégation.

– L’ÉVANGILE SELON LE SPIRITISME, chapitre XVI, § 7)

À tous ceux qui peuvent donner, peu ou beaucoup, je dirai donc : Faites l’aumône quand cela sera nécessaire, mais autant que possible convertissez-la en salaire, afin que celui qui la reçoit n’en rougisse pas.

 – L’ÉVANGILE SELON LE SPIRITISME, chapitre XVI, §13

Nous devons croire que nos chemins sont adaptés à notre niveau d’évolution ou à nos besoins réels et ne jamais croire en une injustice quelconque en ce domaine. Chacun, à un moment ou à un autre, sera confronté à l’épreuve de la richesse dans une vie ou dans une autre et aura alors la possibilité de mettre en pratique le progrès moral acquis au fil de ses existences

Il est assez facile de se rendre compte à quel point la question des biens matériels a pu influencer l’humanité. Tant d’épopées, de conflits, d’intrigues ont marqué les temps et les hommes avec pour seule motivation des questions de richesses terrestres et les inégalités apparentes de la condition humaine. Chaque individu est confronté à ces questions tout au long de son incarnation, et doit solutionner le problème basique tout d’abord de la survie, et ensuite d’un confort de vie entraînant un bonheur relatif.

Tous les spirites ont bien conscience du caractère éphémère des richesses matérielles, mais la question toujours posée est souvent de bien comprendre la différence entre le besoin, et le superflu. Cette séparation subtile n’est pas toujours aisée à déterminer. Il est dans la nature humaine profonde de chercher à améliorer sa condition. À chaque palier franchi, on est tenté de s’approcher du palier suivant et ainsi de suite. Bon nombre de personnes sont en quête permanente d’amélioration d’une condition plus que suffisante, mais ils restent incapables d’interrompre cette frénésie de recherche du mieux.

Pour pouvoir répondre à cette problématique, il faut repositionner la question des richesses matérielles dans une vie dédiée au progrès moral. Les Évangiles nous relatent comment notre maître Jésus Christ livra un enseignement à un jeune homme qui lui demandait comment hériter de la vie éternelle : « Si vous voulez être parfaits, allez, vendez ce que vous avez, et le donnez aux pauvres, et vous aurez un trésor dans le ciel ; puis venez et me suivez » (Mathieu 19:21, SACY). Ce jeune homme fut attristé par cette réponse, car il était très riche. Jésus fit alors remarquer à ses disciples qu’il était difficile pour les riches d’entrer dans le royaume des Cieux.

Jésus ne voulait bien sûr pas dire qu’il fallait se dépouiller de tous ses biens matériels pour entrer dans le royaume des cieux. Il est clair qu’être pauvre n’est pas la seule option pour réussir sa vie terrestre. Peut-on imaginer Dieu donnant à la richesse un caractère inéluctable d’échec pour celui qui la possède ? Il faut comprendre ici le caractère particulièrement difficile de l’épreuve consistant à posséder des richesses. L’Évangile selon le Spiritisme nous l’évoque en ces termes : « La richesse est sans doute une épreuve très glissante, plus dangereuse que la misère par ses entraînements, les tentations qu’elle donne, et la fascination qu’elle exerce ; c’est le suprême excitant de l’orgueil, de l’égoïsme et de la vie sensuelle ; c’est le lien le plus puissant qui attache l’homme à la terre et détourne ses pensées du ciel ; elle produit un tel vertige que l’on voit souvent celui qui passe de la misère à la fortune oublier vite sa première position, ceux qui l’ont partagée, ceux qui l’ont aidé, et devenir insensible, égoïste et vain. » (Évangile selon le Spiritisme, chapitre XVI, § 7)

Lorsqu’on observe le résultat de la divulgation, on se rend compte que de prime abord, ce sont des personnes de condition moyenne ou modeste qui s’intéressent le plus aux questions spirituelles. Beaucoup de centres peuvent témoigner de ce que les gens qui franchissent le pas de leur porte sont des personnes souffrant de problèmes touchant à la maladie ou la mort ou à des questionnements profonds. Même si de nombreuses exceptions existent, il est aisé de constater que les personnes jouissant de grands biens matériels n’étant pas confrontés à la maladie ou la mort sont loin d’être susceptibles de chercher Dieu ou de chercher des réponses sur l’après-vie ou le pourquoi des inégalités apparentes sur cette terre. Le handicap de la condition de la richesse est assez facile à constater, et illustre parfaitement l’enseignement de Jésus.

Toutefois, le caractère délicat d’une épreuve n’est pas synonyme d’échec. Parfois, une épreuve peut être fort adaptée à une situation déterminée. Ainsi, il est possible que pour un individu, posséder une grande richesse soit un moyen de faire le plus grand bien autour de lui, et de mettre en œuvre des actions de charité suite à des prises de conscience.

Ainsi que nous le précise Allan Kardec dans le chapitre XVI de l’Évangile selon le Spiritisme, la suppression des biens matériels et par voie de conséquence du travail nécessaire pour l’acquérir n’est bien entendu pas la solution : « (…) l’abolition de la fortune comme nuisible au bonheur futur, et comme source d’une foule de maux sur la terre ; ce serait de plus la condamnation du travail qui peut la procurer ; conséquence absurde qui ramènerait l’homme à la vie sauvage, et qui, par cela même, serait en contradiction avec la loi du progrès, qui est une loi de Dieu » – Évangile selon le Spiritisme, chap. XVI, § 7. Ce qui est en cause et qui constitue l’épreuve elle-même est l’usage fait par les hommes de leur avantage matériel et non les biens matériels eux-mêmes.

L’apparente inégalité des richesses s’explique par le fait que nous sommes tous différents tant par nos chemins de vies, que dans notre capacité à gérer nos biens matériels. Que ce soit à cause d’une épreuve choisie avant de s’incarner, ou de notre intelligence et notre aptitude à gagner et à faire croître nos biens, nous savons que toutes nos situations sont méritées ou voulues. Nous devons croire que nos chemins sont adaptés à notre niveau d’évolution ou à nos besoins réels et ne jamais croire en une injustice quelconque en ce domaine. Chacun, à un moment ou à un autre, sera confronté à l’épreuve de la richesse dans une vie ou dans une autre et aura alors la possibilité de mettre en pratique le progrès moral acquis au fil de ses existences : « Chacun doit la posséder, pour s’essayer à s’en servir et prouver l’usage qu’il en sait faire ; mais comme il y a impossibilité matérielle à ce que tous l’aient en même temps ; que d’ailleurs, si tout le monde la possédait, personne ne travaillerait, et l’amélioration du globe en souffrirait, chacun la possède à son tour : tel qui ne l’a pas aujourd’hui l’a déjà eue ou l’aura dans une autre existence, et tel qui l’a maintenant pourra ne plus l’avoir demain. » (Évangile selon le Spiritisme, chapitre XVI, § 7)

Dans l’exemple cité plus haut, Jésus évoque un « trésor dans le ciel » pour ceux qui exercent la Charité et se détachent de leurs biens matériels. Jésus nous parle ici d’une autre sorte de richesse, celle qui n’est pas éphémère, juste pour le temps d’une incarnation, mais plutôt celle qui nous appartient pour toujours, et qui témoigne de notre progrès moral. L’exercice de la Charité évoqué par Jésus dans notre exemple et la façon la plus sûre de progresser et d’acquérir la vraie richesse. Il s’agit bien ici de l’application du principe : « Hors la Charité point de salut »

Pour conclure, rappelons que la possession des richesses induit aussi une importante notion de responsabilité vis-à-vis de Dieu : « L’homme étant le dépositaire, le gérant des biens que Dieu remet entre ses mains, il lui sera demandé un compte sévère de l’emploi qu’il en aura fait en vertu de son libre arbitre. Le mauvais emploi consiste à ne les faire servir qu’à sa satisfaction personnelle ; au contraire, l’emploi est bon toutes les fois qu’il en résulte un bien quelconque pour autrui ; le mérite est proportionné au sacrifice que l’on s’impose. » (Évangile selon le Spiritisme, chapitre XVI, § 13) Ainsi que nous le rappelle l’Évangile : « On demandera beaucoup à celui à qui on aura beaucoup donné, et on fera rendre un plus grand compte à celui à qui on aura confié plus de choses. » (Luc 12:48, SACY) »

Auteur : Richard Buono

Étude parue dans Vignes de Lumière n°8, Mai 2015

L’intégralité de ce texte et de ces images sont la propriété exclusive de l’auteur, du propriétaire de ce site web, ainsi que de l’Union Spirite Française et Francophone. Toute copie, ou reproduction même partielle est interdite dans l’autorisation écrite des administrateurs de ce site.

© USFF, 2019

X