De la défense d’évoquer les morts

Au gré des différentes traductions de la Bible que nous pouvons trouver depuis plusieurs siècles, ce petit bout de texte a subi certaines modifications plus ou moins importantes par les courants religieux majeurs pour s’adapter aux divers cultes ou croyances.

Mis à part des tentatives assez récentes de manipuler les textes bibliques du Nouveau Testament sur ce sujet précis (voir le paragraphe 5), il n’est fait mention nulle part dans l’Évangile d’une telle interdiction. La question se pose donc différemment pour les chrétiens à savoir si la loi mosaïque est au-dessus de l’Évangile.

Dans le cadre de la divulgation de la codification spirite, il est très fréquent de rencontrer dans nos échanges des personnes utilisant une argumentation basée sur la Bible. La plupart des religions judéo-chrétiennes rejettent ainsi toute forme d’évocation ou d’usage de la médiumnité, argumentant que l’évocation de soi-disant ‘défunts’ est interdite par les textes sacrés, ne faisant en réalité que solliciter des forces démoniaques.

La plupart des ecclésiastiques citent différents passages de la Bible pour étayer cette argumentation, mais le plus significatif et emblématique de cet argumentaire contradictoire est sans conteste le passage tiré du Deutéronome chapitre 18, versets 10 à 12 cités ci-après : « 10 et qu’il ne se trouve personne parmi vous qui prétende purifier son fils ou sa fille en les faisant passer par le feu, ou qui consulte les devins, ou qui observe les songes et les augures, ou qui use de maléfices, 11 de sortilèges et d’enchantements, ou qui consulte ceux qui ont l’Esprit de Python et qui se mêlent de deviner, ou qui interroge les morts pour apprendre d’eux la vérité. 12 Car le Seigneur a en abomination toutes ces choses, et il exterminera tous ces peuples à votre entrée à cause de ces sortes de crimes qu’ils ont commis. » (Traduction de SACY)

Au gré des différentes traductions de la Bible que nous pouvons trouver depuis plusieurs siècles, ce petit bout de texte a subi certaines modifications plus ou moins importantes par les courants religieux majeurs pour s’adapter aux divers cultes ou croyances. Évoquer dans cette étude le problème d’intégrité des textes bibliques serait trop complexe, toutefois, il est bon de se rendre compte qu’au fil du temps, ces modifications ou altérations peuvent induire considérablement le lecteur en erreur. Pour des questions de partialité de raisonnement, les traductions de SACY et d’OSTERWALD (voir l’introduction de l’Évangile selon le Spiritisme) utilisées par Kardec lui-même serviront de point de comparaison.

À la lumière de ce constat, le passage du Deutéronome est tellement significatif qu’il existe en fonction de diverses traductions de la Bible, plusieurs différences subtiles d’interprétation de ce texte. Par exemple, si nous utilisons la traduction de Louis Second, qui est très connue et très largement répandue au 20e siècle, on peut lire dans les versets 10 et suivants « Qu’on ne trouve chez soi (…) personne qui consulte ceux qui évoquent les Esprits ou disent la bonne aventure, personne qui interroge les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Éternel (…) ». Il est aisé de se rendre compte ici de la subtile dérive. Dans le premier texte cité de SACY, il est clairement question de divination, tandis que la traduction de Louis Second ‘omet’ cet aspect en supprimant « … pour apprendre d’eux la vérité » et en reformulant). L’interdiction devient ainsi générale, au lieu d’être conditionnée uniquement à la divination.

Les dérives des traductions et versions de la Bible peuvent nous porter encore plus loin. Lorsque des mots nouveaux apparaissent pour remplacer les anciens, l’ambiguïté devient encore plus importante. Ainsi, si nous prenons la traduction du Monde Nouveau (Édition 1995), nous trouvons la formulation suivante pour le verset 11 : « (…) ni personne qui consulte un médium, ou quelqu’un qui fait métier de prédire les évènements, ou quiconque interroge les morts (…) ». Pour compléter l’illustration de ce phénomène, citons encore un autre passage de la même traduction : « Or, les œuvres de la chair sont manifestes ; ce sont fornication, impureté, dérèglement, idolâtrie, pratique du spiritisme (…) » Galates 5:19 (Traduction du Monde Nouveau – Éd. 1995). Le mot ‘spiritisme’ introduit ici remplace le mot ‘empoisonnement’ ou ‘enchantement’ dans les traductions moins altérées comme celle de SACY ou OSTERWALD. D’une interdiction de la pratique divinatoire ayant pour toile de fond un contexte précis, nous nous retrouvons devant une manipulation inquiétante voilant la vérité et conduisant à l’erreur d’interprétation.

 Après avoir souligné le problème des traductions et des mots, il est intéressant de se pencher sur la réalité de ce texte et du contexte dans lequel ces paroles ont été écrites. Le premier constat, et non des moindres, est que par cette loi édictée par Moïse on affirme donc implicitement qu’il est parfaitement possible d’invoquer des Esprits, sinon pourquoi l’interdire ? Ceci ne fait qu’apporter une confirmation de ce que de très nombreux passages de la Bible disent à ce propos. L’autre conséquence de cette affirmation est que si les Esprits pouvaient répondre à l’époque, ils le peuvent toujours aujourd’hui et que s’il s’agit d’Esprits de défunts, il ne s’agit pas forcément de ‘démons’. 

Les causes de cette interdiction sont principalement liées au désir de rompre avec des pratiques divinatoires anciennes héritées d’une longue captivité en Égypte. En effet, dans l’Égypte ancienne, consulter les oracles afin de prédire l’avenir était non seulement une pratique courante, lucrative, mais également sujette à de graves abus. Cette interdiction trouve une justification évidente en ce sens que l’évocation des Esprits n’avait pas pour but de s’instruire dans la sagesse, dans le respect des défunts, ou pour soulager les âmes souffrantes, mais bel et bien la superstition ou les trafics de toute sorte. Elles étaient associées à la magie, la sorcellerie ou encore à des sacrifices humains. Dans ce contexte, Moïse dut réagir avec vigueur face à un peuple indiscipliné en instaurant cette loi contre ces pratiques dont les aspects les plus détestables ont perduré jusqu’au Moyen-âge et en punissant les fautifs de mort.

Il y a un amalgame fréquent entre les lois de Moïse proprement dites, qui sont des lois civiles, et la loi de DIEU promulguée sur le mont Sinaï par le biais des Dix Commandements. La loi civile des hommes est variable en fonction des époques et des nécessités, tandis que la loi de DIEU est immuable et invariable de par sa perfection. Le caractère variable des lois humaines prend tout son sens si par exemple on essaie de mettre en application certains textes anciens à notre époque. Sans remonter le temps aussi loin, il suffit de se pencher sur notre propre code civil napoléonien pour se rendre compte à quel point les lois humaines ont parfois besoin d’être réactualisées ou abolies. Cet aspect démontre que l’on ne peut, à ce titre, accepter ces lois civiles mosaïques comme étant des lois divines, à cause précisément de leur caractère éphémère, et assujetties à des circonstances liées à des nécessités révolues ; en revanche, les époques ne rendent aucunement caduques ou inapplicables les lois divines immuables et parfaites.

Mis à part des tentatives assez récentes de manipuler les textes bibliques du Nouveau Testament sur ce sujet précis (voir le paragraphe 5), il n’est fait mention nulle part dans l’Évangile d’une telle interdiction. La question se pose donc différemment pour les chrétiens à savoir si la loi mosaïque est au-dessus de l’Évangile. Cela est assez paradoxal si on considère que c’est parmi les mouvements religieux chrétiens que l’on trouve la plus vive opposition au Spiritisme. S’appuyer donc sur la loi de moïse est un non-sens pour les chrétiens et ne peut représenter un argument crédible. De nos jours, les chrétiens catholiques ne s’appuient pas sur cette ancienne loi, mais sur un décret d’interdiction promulgué par le Vatican le 24 avril 1917 en ces termes : « Du Spiritisme. En séance plénière, aux Éminentissimes et Révérendissimes Seigneurs Cardinaux, Inquisiteurs généraux de la Foi et des Mœurs, on a demandé : s’il était permis, par des médiums comme on les appelle, ou sans médium, en usant ou non d’hypnotisme, d’assister à quelque manifestation spirite que ce soit, même présentant un aspect d’honnêteté ou de piété, soit en interrogeant les âmes ou Esprits, soit en écoutant les réponses, soit comme observateur, même avec l’affirmation, tacite ou exprimée, de ne vouloir aucun commerce avec les Esprits malins. Les Éminentissimes et Révérendissimes Pères ont répondu NON, sur tous les points. Le 26 du même mois, S.S. Benoit XV a approuvé la résolution des Éminents Pères qui lui avait été soumise. »

Le Spiritisme dans son essence n’est pas assimilable au contexte de la loi de Moïse, ni à des pratiques douteuses ou intéressées, ni en contradiction avec les textes bibliques. Seuls les dogmes souffrent de contradictions face à la connaissance apportée par le Spiritisme. La pratique médiumnique a toujours pour motivation l’aide, l’amour, et le désir de progrès moral. On doit toutefois souligner que les spirites aujourd’hui mettent toujours les médiums en garde contre les risques d’une pratique médiumnique non maîtrisée alors que nous avons à notre disposition une grande connaissance que le peuple hébreu n’eût pas du temps de Moïse. L’interdiction de Moïse restera toujours à propos dans son contexte, et ne nous exempte pas aujourd’hui de nous entourer de toutes les précautions et les recommandations pour l’évocation des Esprits.

Par le biais de la communication avec le monde spirituel, le Spiritisme perpétue cette bénédiction accordée par DIEU aux hommes depuis la nuit des temps, de pouvoir bénéficier d’aide, de conseils, et de connaissances lui permettant non seulement de se situer lui-même en donnant un sens à son existence, mais aussi de progresser sur le long chemin menant à l’amélioration morale jusqu’à la perfection.

Auteur : Richard Buono

Étude parue dans Vignes de Lumière n°7, Mars 2015

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