Le libre arbitre

« La fatalité apparente qui sème de maux le chemin de la vie, n’est que la conséquence de notre passé, l’effet revenant vers sa cause ; c’est l’accomplissement du programme accepté par nous avant de renaître, suivant les conseils de nos guides spirituels, pour notre plus grand bien et notre élévation. »

– Léon DENIS, Après la Mort, Chap.40

Pour avoir une vision claire, il nous faut comprendre qu’à mesure de nos choix, nous pouvons nous trouver dans des conséquences limitant considérablement nos possibilités. À un stade déterminé, ces possibilités peuvent devenir extrêmement réduites. Il faut donc raisonner sur un plan plus vaste pour se rendre compte que nous avons bel et bien eu la possibilité de choisir à différents endroits.

872. Résumé théorique du mobile des actions de l’homme.

« (…) L’Esprit dégagé de la matière, et à l’état errant, fait choix de ses existences corporelles futures selon le degré de perfection auquel il est arrivé, et c’est en cela, comme nous l’avons dit, que consiste surtout son libre arbitre. Cette liberté n’est point annulée par l’incarnation ; s’il cède à l’influence de la matière, c’est qu’il succombe sous les épreuves mêmes qu’il a choisies (…) »

 – LE LIVRE DES ESPRITS

Il est néanmoins important de souligner que cette liberté est synonyme de responsabilité. Plus grande est notre autonomie, plus nombreux sont les devoirs face à un ensemble de choix étendus. En effet, nous sommes le plus souvent à l’origine de cette demande d’extension de liberté progressive.

Libre arbitre !… Derrière ces simples mots, tant de responsabilités, de conséquences liées à des choix successifs faisant de la loi de causalité une réalité qui porte bien son nom. Le libre arbitre a été, et reste encore aujourd’hui une question très débattue parmi les philosophes, les théologiens, ou simplement ceux qui souhaitent comprendre le sens profond de ce concept et ce qu’il implique.

Il est intéressant de s’attarder au préalable sur la signification de cette expression. Libre arbitre en français vient du latin « liberum arbitrium » et semble à l’origine indiquer la liberté d’arbitrer ou de choisir, mais dans d’autres langues, le lien évident avec la volonté est plus présent « free will » ou «willensfreiheit » (libre volonté respectivement en anglais et en allemand). On n’en déduit un sens plus précis correspondant à une liberté de choix d’agir en conscience ou de penser, et de se déterminer seul.

Sans cette faculté, l’homme ne serait qu’une simple machine, un robot obéissant à un programme fixé par quelqu’un d’autre et par voie de conséquence, il n’aurait aucun mérite sur le progrès accompli ou aucune responsabilité sur le mal commis. « Sans le libre arbitre, l’homme n’a ni tort dans le mal, ni mérite dans le bien ; et cela est tellement reconnu que, dans le monde, on proportionne toujours le blâme ou l’éloge à l’intention, c’est-à-dire à la volonté ; or, qui dit volonté dit liberté. » – Le livre des Esprits, Q872

Sommes-nous réellement libres ou subissons-nous des aléas au gré du hasard ? On peut s’interroger sur le bien-fondé de l’existence de ce que l’on appelle la fatalité. Dans quelle mesure l’homme est-il réellement tributaire d’évènements indépendants de sa volonté et de ses propres choix ? Allan Kardec apporte des éléments de réponses dans le Livre des Esprits : « La fatalité, telle qu’on l’entend vulgairement, suppose la décision préalable et irrévocable de tous les événements de la vie, quelle qu’en soit l’importance. Si tel était l’ordre des choses, l’homme serait une machine sans volonté. À quoi lui servirait son intelligence, puisqu’il serait invariablement dominé dans tous ses actes par la puissance du destin ? Une telle doctrine, si elle était vraie, serait la destruction de toute liberté morale (…) ».

Toujours dans la même logique, Allan Kardec ajoute à propos de la fatalité : « Une pareille loi serait en outre la négation de la loi du progrès, car l’homme qui attendrait tout du sort ne tenterait rien pour améliorer sa position, puisqu’il n’en serait ni plus ni moins. »  L’enseignement des Esprits supérieurs a toujours été sans ambiguïté sur cette question : nous sommes bel et bien les artisans de notre progrès moral de par nos choix et de par nos actes. De leurs conséquences, nous bénéficierons du mérite approprié.

Qu’est-ce donc que cette fatalité au vu de cette réflexion ? Léon Denis nous l’explique de façon très précise : « La fatalité apparente qui sème de maux le chemin de la vie, n’est que la conséquence de notre passé, l’effet revenant vers sa cause ; c’est l’accomplissement du programme accepté par nous avant de renaître, suivant les conseils de nos guides spirituels, pour notre plus grand bien et notre élévation. » – Après la Mort, Chap.40. On comprend donc que, même dans des situations où tout semble être le fruit d’un hasard défavorable, nous sommes bel et bien dans une conséquence grossière ou subtile de nos choix et de nos actes ne contredisant jamais le libre arbitre.

Mais alors, bien qu’ayant été dotés de cette caractéristique merveilleuse du libre arbitre, la plupart d’entre nous, nous sentons toujours très à l’étroit dans nos contraintes. Souvent, nous avons l’impression d’avoir des choix limités avec une liberté toute relative. Bien sûr, des choix sont toujours possibles, mais semblent circonscrits à un ensemble de contraintes qui semblent quelques fois nous dépasser.

Pour avoir une vision claire, il nous faut comprendre qu’à mesure de nos choix, nous pouvons nous trouver dans des conséquences limitant considérablement nos possibilités. À un stade déterminé, ces possibilités peuvent devenir extrêmement réduites. Il faut donc raisonner sur un plan plus vaste pour se rendre compte que nous avons bel et bien eu la possibilité de choisir à différents endroits. Bien sûr, il n’est pas toujours facile d’avoir une vision claire, car certaines situations sont aussi dues non seulement à des choix antérieurs, mais également à des choix faits entre deux incarnations.

En effet, une grande partie de cette liberté de choix, de ce libre arbitre, s’exerce entre deux incarnations. En fonction du bilan de nos existences, nous effectuons un certain nombre de choix déterminants pour l’incarnation suivante. La connaissance de ces choix est bien sûr occultée par le voile de l’oubli pour l’esprit  incarné, et cause parfois des frustrations d’être tributaire du « sort » alors qu’il s’agit de nos choix délibérés ou de leurs conséquences. « (…) L’Esprit dégagé de la matière, et à l’état errant, fait choix de ses existences corporelles futures selon le degré de perfection auquel il est arrivé, et c’est en cela, comme nous l’avons dit, que consiste surtout son libre arbitre. Cette liberté n’est point annulée par l’incarnation ; s’il cède à l’influence de la matière, c’est qu’il succombe sous les épreuves mêmes qu’il a choisies (…) » -Le Livre des Esprits, Q872

Dans le même esprit, citons également Léon Denis : « Plus éclairés, à l’état d’esprits, sur nos imperfections, préoccupés des moyens de les atténuer, nous acceptons la vie matérielle sous la forme et dans les conditions qui nous paraissent propres à réaliser ce but. » – Après la mort, Chap.40 Il est aisé de comprendre ici qu’une grande partie des choix majeurs sont faits dans une position où tout parait bien plus clair, sans aucun voile de l’oubli et avec une vision globale la plus juste possible.  

Les Esprits supérieurs nous enseignent que cette liberté est en constant développement, et tend à augmenter progressivement avec notre compréhension. Au fur et à mesure de notre avancement, au gré des épreuves et des enseignements que nous en tirons, la perception de la conséquence de nos choix nous apparait plus évidente, nous permettant alors de mieux utiliser la faculté du libre arbitre qui augmente en même temps que nous progressons. « Si la liberté humaine est restreinte, elle est du moins en voie de perpétuel développement, car le progrès n’est pas autre chose que l’extension du libre arbitre dans l’individu et dans la collectivité. La lutte entre la matière et l’esprit a précisément pour but de libérer celui-ci, dans une mesure croissante, du joug des forces aveugles. » – Le problème de l’Être et de la Destiné, Chap.22 Léon Denis

Il est néanmoins important de souligner que cette liberté est synonyme de responsabilité. Plus grande est notre autonomie, plus nombreux sont les devoirs face à un ensemble de choix étendus. En effet, nous sommes le plus souvent à l’origine de cette demande d’extension de liberté progressive. Comme l’explique Léon Denis : « La liberté et la responsabilité sont corrélatives chez l’être et augmentent avec son élévation. C’est la responsabilité de l’homme qui fait sa dignité et sa moralité ; sans elle, il ne serait qu’une machine aveugle, un jouet des forces ambiantes. La notion de moralité est inséparable de celle de liberté. » – Le problème de l’Être et de la Destiné, Chap.22

L’homme est bel et bien l’artisan de sa propre libération. Au fur et à mesure de son évolution, une plus grande liberté lui est progressivement offerte en récompense à son mérite et comme une nouvelle occasion de mettre en pratique les enseignements qu’il a assimilés. « L’homme est l’artisan de sa libération. Il n’atteint l’état complet de liberté que par la culture intérieure et la mise en valeur de ses puissances cachées. Les obstacles accumulés sur sa route ne sont, au fond, que des moyens de le contraindre à sortir de son indifférence et à utiliser ses forces latentes. Toutes les difficultés matérielles peuvent être vaincues. » – Le problème de l’Être et de la Destiné, Chap.22 Léon Denis

Il est intéressant de préciser que l’homme possède bien une boussole pour se diriger au gré de ses choix : sa conscience ! À chacune de nos actions, de nos actes, nous sentons toujours en nous cette magnifique conscience qui génère, des émotions diverses en fonction de nos décisions. Bien souvent, elle nous éclaire avec justesse sur ce qu’il convient de faire. Comme l’illustre très bien Léon Denis : « La responsabilité est établie par le témoignage de la conscience, qui nous approuve ou nous blâme suivant la nature de nos actes. La sensation du remords est une preuve plus démonstrative que tous les arguments philosophiques. Pour tout esprit quelque peu évolué, la loi du devoir brille comme un phare à travers la brume des passions et des intérêts. (…) Cela ne peut s’obtenir que par une éducation et un entraînement prolongés des facultés humaines : libération physique par la limitation des appétits ; libération intellectuelle par la conquête de la vérité ; libération morale par la recherche de la vertu. C’est là l’œuvre des siècles. » – Le problème de l’Être et de la Destiné, Chap.22

Nous pouvons louer la sagesse du Seigneur, nous donnons toujours juste ce qui est nécessaire, afin de nous permettre encore et toujours d’avancer sur le chemin du progrès. Grâce à cette liberté progressive, nous pouvons sereinement envisager l’avenir. Nous pouvons laisser la conclusion à notre frère Léon Denis : « Élevons-nous donc à la conscience de notre rôle et de notre but, et nous serons libres. Assurons par nos efforts, nos enseignements et nos exemples, le triomphe de la volonté ainsi que du bien et, au lieu de former des êtres passifs courbés sous le joug de la matière, en proie à l’incertitude et à l’inertie, nous aurons façonné des âmes vraiment libres, affranchies des chaînes de la fatalité et planant sur le monde par la supériorité des qualités acquises. » – Le problème de l’Être et de la Destiné, Chap.22

Auteur : Richard Buono

Étude parue dans Vignes de Lumière n°6, Janvier 2015

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