La Doctrine Secrète

« Les obscurités de l’Evangile sont donc calculées, intentionnelles. Les vérités supérieures s’y cachent sous des voiles symboliques. On y enseigne à l’homme ce qui lui est nécessaire pour se conduire moralement dans la pratique de la vie ; mais le sens profond, le sens philosophique de la doctrine, est réservé au petit nombre.»

Léon DENIS—Christianisme et Spiritisme, Chap 3

Il eût été très difficile, voire impossible, d’expliquer clairement certains dogmes ou concepts aux communs de cette époque, avec toutes les subtilités qui, même aujourd’hui, semblent encore échapper à la compréhension de bon nombre de personnes. De plus, cette connaissance pouvait avoir des conséquences périlleuses sur le contexte politico-religieux de l’époque.

« La doctrine secrète allait plus loin. Sous le voile des paraboles et des fictions, elle cachait des vues profondes. Cette immortalité promise à tous, elle en précisait les formes en affirmant la succession des vies terrestres, dans lesquelles l’âme, réincarnée en des corps nouveaux, subissait les conséquences de ses existences antérieures et préparait les conditions de sa destinée future. »

Léon DENIS—Christianisme et Spiritisme, Chap 4

On ne peut que s’émerveiller devant ce dessein divin d’une infinie sagesse, où toute cette connaissance sera progressivement instillée dans le cœur des hommes au fil des âges et des révélations, permettant ainsi à l’humanité terrestre de faire son chemin et de progresser pas à pas jusqu’à sa maturité pour embrasser toute la splendeur de la Justice et de l’Amour divin.

Lorsqu’on étudie et médite les enseignements de Jésus Christ, on est saisi par ce qui semble être un paradoxe entre un discours apparaissant à la fois d’une grande clarté et simplicité touchant les cœurs et illuminant les âmes, et un autre plus subtil aux sens délibérément cachés dont l’explication ne semble réservée qu’aux initiés. Pour quelle raison Jésus a-t-il choisi de s’exprimer de deux façons si différentes ?

Les disciples du Christ s’étaient également interrogés sur cette façon de communiquer, et lorsqu’ils lui en demandèrent la raison alors qu’il venait d’exposer la parabole du semeur, Jésus répondit en ces termes : « (…) Pour vous, il vous est donné de connaître le mystère du royaume de Dieu ; mais pour ceux qui sont dehors, tout se passe en paraboles » (Marc 4:11) ou bien encore « (…), mais pour les autres, il ne leur est proposé qu’en paraboles ; afin qu’en voyant ils ne voient point, et qu’en écoutant ils ne comprennent point. » (Luc 8:10).

Cette différence de traitement s’explique par le fait que seul un très petit nombre d’élus pouvaient à l’époque embrasser toute la révélation de l’enseignement du Christ. L’apôtre Jean se réfère dans son épitre à une communion des saints aptes à recevoir la connaissance en ces termes : « Quant à vous, vous avez reçu l’onction du Saint, et vous connaissez toutes choses. Je ne vous ai pas écrit comme à des personnes qui ne connaissent pas la vérité, mais comme à ceux qui la connaissent (…) » (1re Épitre de Jean 2:20-21).

Allan Kardec dans l’Évangile selon le Spiritisme apporte un début de réponse sur les raisons de l’enseignement à deux niveaux du Maître de Nazareth : « Cependant Jésus, conformant son enseignement à l’état des hommes de son époque, n’a pas cru devoir leur donner une lumière complète qui les eût éblouis sans les éclairer, parce qu’ils ne l’auraient pas comprise » (Chap. 1 § 3). Néanmoins, ce simple fait d’aptitude à la compréhension n’était pas la seule raison pour laquelle une partie du message du Christ était voilé.

De tout temps, Dieu a toujours ménagé ses brebis, leur donnant ce dont elles ont besoin. De la même façon, la connaissance vient à qui est prêt à la recevoir. Déjà, environ 12 siècles avant le Christ, Moïse recevait la Loi sous la forme des Dix commandements. Simple, directe et sans détour, la Loi ne laissait place à aucune ambiguïté. Le peuple hébreu était très imprégné des pratiques des peuples qui les avaient asservis, et à l’aube de recevoir la Terre promise, ils étaient également très indisciplinés. Il fallait des hommes forts, s’appuyant sur une Loi divine sans équivoque, complétée par des lois civiles et humaines, pour pouvoir au mieux garantir le contrôle de la cohésion du peuple hébreu au cours des vicissitudes de ses pérégrinations.

Dans sa sagesse infinie, Dieu permit à Jésus-Christ d’apporter à l’humanité un nouvel enseignement, venant à la suite de celui de Moïse. Cet enseignement devait être d’une part à la portée des contemporains de Jésus, des humbles et des déshérités, et d’autre part il devait être compris par l’humanité des siècles à venir grâce à un enseignement caché et plus inaccessible sous la forme de paraboles qui seraient appréhendées graduellement au fil des temps et de l’élévation spirituelle progressive de tous les hommes peuplant la terre.

Il eût été très difficile, voire impossible, d’expliquer clairement certains dogmes ou concepts aux communs de cette époque, avec toutes les subtilités qui, même aujourd’hui, semblent encore échapper à la compréhension de bon nombre de personnes. De plus, cette connaissance pouvait avoir des conséquences périlleuses sur le contexte politico-religieux de l’époque. La sagesse imposait d’occulter ce savoir de façon subtile. Il fallait donc pouvoir semer ce champ immense pour l’avenir, et effectuer la récolte au bon moment, lorsque les hommes seraient prêts à entendre et à comprendre (voir ici la suite de Mathieu sur le semeur).

Quel est donc cet enseignement « caché » de Jésus-Christ que Léon Denis appelle « la Doctrine Secrète » (voir Christianisme et Spiritisme, Chap.4) ? Quelle est donc cette partie de la connaissance inaccessible par un grand nombre de ses contemporains à laquelle les disciples furent initiés ? La plus importante de toutes est sans conteste celle de la vie éternelle, apportant au travers de la réincarnation, l’idée nouvelle d’une vie future (voir l’Évangile selon le Spiritisme Chap.1, § 2 et 3) changeant complètement la perception des hommes sur les épreuves de la vie, la loi de cause à effet, et l’espoir apporté par les promesses d’une évolution allant vers la paix et la félicité éternelle.

Pour bien des spirites actuels, cette révélation est évidente, presque banale, mais pour les contemporains du Christ, ou pour les matérialistes d’aujourd’hui, ce dogme est bien plus qu’un choc culturel. Il est aussi une prise de conscience libératrice, apportant un grand nombre de responsabilités qui ne peuvent intervenir que lorsque les hommes sont prêts ou capables de les assumer.

Cette vie future, ainsi que nous l’expose Allan Kardec : « Pour celui qui se place, par la pensée, dans la vie spirituelle qui est indéfinie, la vie corporelle n’est plus qu’un passage, une courte station dans un pays ingrat. Les vicissitudes et les tribulations de la vie ne sont plus que des incidents qu’il prend avec patience, parce qu’il sait qu’ils ne sont que de courte durée et doivent être suivis d’un état plus heureux ; la mort n’a plus rien d’effrayant ; ce n’est plus la porte du néant, mais celle de la délivrance qui ouvre à l’exilé l’entrée d’un séjour de bonheur et de paix. Sachant qu’il est dans une place temporaire et non définitive, il prend les soucis de la vie avec plus d’indifférence, et il en résulte pour lui un calme d’esprit qui en adoucit l’amertume. » (L’Évangile selon le Spiritisme, Chap.1 §5)

Cette « doctrine secrète » telle que définie par Léon Denis va encore plus loin. Il nous l’explique ainsi : « Sous le voile des paraboles et des fictions, elle cachait des vues profondes. Cette immortalité promise à tous, elle en précisait les formes en affirmant la succession des vies terrestres, dans lesquelles l’âme, réincarnée en des corps nouveaux, subissait les conséquences de ses existences antérieures et préparait les conditions de sa destinée future. Elle enseignait la pluralité des mondes habités, les alternances de vie de chaque être, dans le monde terrestre où il reparaît à la naissance, dans le monde spirituel où il retourne à la mort, recueillant dans l’un et l’autre de ces milieux les fruits bons ou mauvais de son passé. Elle enseignait l’union étroite et la solidarité de ces deux mondes et, par suite, la communication possible de l’homme avec les esprits des morts qui peuplent l’étendue. » (Christianisme et Spiritisme, Chap.4)

Cet enseignement caché a finalement pu s’exprimer dans sa plénitude avec la troisième révélation qu’est la Codification spirite, portant au grand jour toute la richesse et l’immensité de ce savoir qui permet de donner un véritable but à l’existence et de comprendre la finalité de la vie. Ainsi que nous le dit Allan Kardec : « Le spiritisme élargit la pensée et lui ouvre de nouveaux horizons ; au lieu de cette vue étroite et mesquine qui la concentre sur la vie présente, qui fait de l’instant qu’on passe sur la terre l’unique et fragile pivot de l’avenir éternel, il montre que cette vie n’est qu’un anneau dans l’ensemble harmonieux et grandiose de l’œuvre du Créateur ; il montre la solidarité qui relie toutes les existences du même être, tous les êtres d’un même monde et les êtres de tous les mondes ; il donne ainsi une base et une raison d’être à la fraternité universelle (…) C’est cet ensemble qu’au temps du Christ les hommes n’auraient pu comprendre, c’est pourquoi il en a réservé la connaissance à d’autres temps. » (L’Évangile selon le Spiritisme, Chap.1 § 7).

On ne peut que s’émerveiller devant ce dessein divin d’une infinie sagesse, où toute cette connaissance sera progressivement instillée dans le cœur des hommes au fil des âges et des révélations, permettant ainsi à l’humanité terrestre de faire son chemin et de progresser pas à pas jusqu’à sa maturité pour embrasser toute la splendeur de la Justice et de l’Amour divin.

Auteur : Richard Buono

Étude parue dans Vignes de Lumière n°5, Novembre 2014

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