Tu aimeras ton prochain comme toi-même

  1. Quel est le but de l’incarnation des Esprits?

« Dieu la leur impose dans le but de les faire arriver à la perfection »

 LE LIVRE DES ESPRITS

Créés simples et ignorants, nous avons naturellement commis – et commettons encore – des faux pas dont les conséquences viennent peser sur notre conscience.

 « Si la charité vient à manquer, à quoi sert tout le reste ?

 -SAINT-AUGUSTIN

Répondant à la requête d’un scribe, Jésus dit : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », précisant qu’il s’agissait là du plus important des commandements, avec « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force ».

Le corps obtenu à travers la réincarnation est un présent de Dieu à chacun et chacune d’entre nous, car c’est à travers les nouvelles expériences vécues dans la chair que Dieu nous fait arriver à la perfection (« Le Livre des Esprits », A. Kardec, Q. 132).

Mais nous ne sommes pas qu’un corps. Nous sommes avant tout Esprit, créé simple et ignorant, écrivant les pages de sa vie à chaque nouvelle incarnation, à chaque nouvelle désincarnation. Créés simples et ignorants, nous avons naturellement commis – et commettons encore – des faux pas dont les conséquences viennent peser sur notre conscience.

Dans ce commandement du Christ, nous nous focalisons le plus souvent sur aimer l’autre. Mais comment aimer l’autre sans s’aimer soi-même ? Nous aimons-nous réellement ? Charité et bienveillance ne s’appliquent-elles qu’envers les autres ?

Si en des temps reculés comme le Moyen-Âge la mortification était un moyen de nous punir nous-mêmes pour nos fautes, dans nos sociétés modernes, nous pouvons assister à des comportements pas si éloignés que ça de ce que l’on pouvait observer au temps des châteaux forts. Elle n’est alors plus physique, mais morale, « produisant remords, honte, ressentiment, sans qu’elle (la personne) n’ait le courage de les revivre (les actes négatifs perpétrés) et de se libérer de leurs effets préjudiciables. » (Divaldo P. Franco, Joanna de Angelis.)

Au chapitre 18 de son évangile, Matthieu nous rapporte cet échange que Pierre a avec Jésus (21-22) : « Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » La réponse du Maître de Nazareth est sans équivoque : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois. » Si donc nous devons pardonner à notre prochain sans limites, pourquoi en irait-il autrement envers nous-mêmes ?

Cela dit, cette recherche du pardon de soi exclut la complaisance envers nos actes regrettables, car il n’est pas ici question d’en minimiser l’importance ou la portée. Mais il faut comprendre que quoi que nous ayons fait, Dieu éternellement laisse la porte ouverte au recommencement. Rien n’est fixé ad vitam aeternam et nous avons toujours la possibilité de contrebalancer nos mauvaises actions par le repentir, la pratique du bien… et l’amour envers notre prochain.

Se pardonner est un acte d’humilité et d’amour. C’est accepter que nous sommes des créatures faillibles en voie de progrès, et nous aurons à notre disposition autant d’opportunités d’élévation qu’il nous sera nécessaire. Mettant en regard la vie spirituelle et la vie terrestre, nous pourrions nous comparer à un enfant qui a besoin de vivre ses expériences et d’apprendre de ses erreurs. Ce qui importe, ce n’est pas le nombre de fois où nous chutons, mais le nombre de fois où nous nous redressons.

Partant donc de ce principe, quiconque apprend à s’aimer – ou s’aime déjà – ne peut souhaiter le mal à son prochain s’il applique le commandement du Christ, car « on ne peut avoir de guide plus sûr à cet égard qu’en prenant pour mesure de ce que l’on doit faire aux autres ce que l’on désire pour soi ». Kardec nous le dit on ne peut plus clairement : vouloir à autrui le bien que l’on eut voulu pour soi est « l’expression la plus complète de la charité » (« L’Évangile selon le Spiritisme », A. Kardec, ch.11.4).

Afin d’aider les êtres sur la voie du progrès, le Spiritisme s’appuie sur l’enseignement moral du Christ, et cet enseignement tient en trois mots : amour, charité et humilité. Kardec nous donne les clés de la félicité par ces trois mots.

Mais il pousse la réflexion un cran plus loin, dans le chapitre XV de L’Évangile selon le Spiritisme. Il affirme, et à juste titre, que le premier commandement étant d’aimer Dieu par-dessus toute chose, de toute la force de notre âme, nous ne pourrions aimer Dieu si nous ne vivions pas cet amour pour notre prochain, car celui-ci n’est-il pas, comme nous le sommes nous-mêmes, l’œuvre du Créateur ? Aimer Dieu ne s’inscrit donc pas dans une vision égoïste et étroite d’un lien que nous établirions entre Lui et nous, au plus profond de notre être, lien cultivé à grands coups de prières, de dévotion et d’alléluias, même s’il y a là un premier pas dans le tissage de ce lien. Il se crée, entre Dieu et nous, de multiples façons. Mais une d’entre-elles, et non des moindres, c’est la pratique de la charité.

Quoi de mieux que les paroles du converti de Damas, Saint Paul, pour illustrer cette conception : « J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. » (Première lettre de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens, 13:1.)

Mais qui est notre prochain ? Où vais-je le rencontrer ? Serai-je prêt à l’aider ? Il n’est nul besoin de chercher notre prochain bien loin. Le foyer familial, école bénite d’apprentissage comme nous le décrit André Luiz à travers la médiumnité de Chico Xavier, met à notre portée toutes les occasions de commencer à pratiquer cette loi de charité. Sous le même toit, nous pouvons avoir une femme, un mari, des enfants, des parents, des grands-parents ou d’autres proches. Nous sommes liés à ces personnes à travers les fils ténus, mais bien présents, de nos vies passées. Nous avons partagé avec ces êtres nombre d’expériences heureuses… mais également malheureuses.

C’est pour cette raison que l’on peut lire, dans le chapitre XIV de L’Évangile selon le Spiritisme, d’Allan Kardec, que si au sein d’une même famille les Esprits se sont retrouvés en raison des affections antérieures qu’ils ont tissées, il y en a qui prennent part à ces retrouvailles par le fait d’antipathies. De là découlent nombre de conflits, de répulsions, au sein même d’une cellule familiale. Et si Dieu a permis ces retrouvailles, n’est-ce pas dans le seul et unique but que nous mettions ce commandement du Christ en application ?

Pour aimer son prochain comme soi-même, pour pratiquer cette loi de charité, il n’est pas besoin d’attendre d’être au centre spirite, d’être auprès de ceux qui sont dans le dénuement, dans la misère physique ou morale, car nous pouvons – et devrions – la pratiquer dès notre réveil auprès des gens que Dieu a placés au plus près de nous. Patience, tolérance, compréhension sont autant de moyens de pratiquer cette charité, sans avoir à pousser la porte d’une quelconque institution.

Cet amour à son prochain, s’il s’applique aux incarnés, s’applique également aux désincarnés. Dans Le problème de l’être et de la destinée, Léon Denis évoque le bien que peuvent faire des pensées de charité adressées à la personne récemment désincarnée. De la même manière, lorsque des Esprits perturbateurs se manifestent lors de réunions d’aide aux Esprits souffrants ou de désobsession, c’est avec amour et bienveillance, plutôt qu’avec rigidité et reproches qu’ils sont reçus.

La charité s’applique sans discrimination, sans condition. « Je veux bien aimer mon prochain comme moi-même je m’aime, mais… » Gardons à l’esprit la manière dont Dieu nous aime, inconditionnellement, infiniment. Dans l’ouvrage Libération, psychographie de Chico Xavier avec l’Esprit André Luiz, un exemple de cet amour inconditionnel nous est donné à travers la magnifique prière faite par un instructeur spirituel, Goubio, auprès du bourreau désincarné de celle qui avait été sa fille – encore incarnée – afin de venir en aide au fils de celui-ci qui se trouvait en vilaine situation, incarné sur Terre, enfermé dans un hôpital psychiatrique en raison de lourdes perturbations spirituelles.

En guise de conclusion, et pour nous aider dans notre réflexion, revenons quelques instants à l’apôtre Paul, dans cette même épître aux Corinthiens où il s’exprime en ces termes : « La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n’est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. La charité ne passe jamais. »

Auteur : Pierre-Etienne Jay

Étude parue dans Vignes de Lumière n°3, Juillet 2014

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