Quel bonheur sur notre Terre

  1. L’homme peut-il jouir sur la terre d’un bonheur complet ?

« Non, puisque la vie lui a été donnée comme épreuve ou expiation ; mais il dépend de lui d’adoucir ses maux et d’être aussi heureux qu’on le peut sur la terre. »

-LE LIVRE DES ESPRITS

Ce serait une erreur de penser que notre existence doit être vouée exclusivement à la souffrance, sans aucune forme de compensation. Il est en effet tout à fait possible de prendre soin raisonnablement de notre condition.

  1. (…) Y a-t-il cependant une mesure de bonheur commune à tous les hommes ?

« Pour la vie matérielle, c’est la possession du nécessaire ; pour la vie morale : la bonne conscience et la foi en l’avenir. »

 -LE LIVRE DES ESPRITS

Les épreuves morales pullulent au quotidien et sont causées par des conséquences liées à nos rapports avec autrui. Ainsi, les conflits, les difficultés à vivre parfois en société ou bien dans notre famille, nos collègues de travail, sont tout autant d’épreuves destinées à nous faire comprendre des valeurs morales comme le pardon, l’oubli de soi, et la charité.

Il a toujours été naturel et inné de chercher une situation plus confortable dans son existence terrestre. Dès que l’on vient au monde, notre instinct nous commande de nous mettre en sécurité, et progressivement de nous tenir à l’abri du besoin. Ces besoins sont au début très basiques, comme manger, boire et dormir, mais au fil des années, ils évoluent et deviennent progressivement plus conformes à la valeur relative du bonheur auquel on aspire. Toute difficulté pour atteindre cet objectif est considérée comme une épreuve qui semble parfois une injustice, et bon gré mal gré nous prenons ce que nous pouvons de ce que nous offre la vie.

Il n’est pas une seule personne qui ne se soit jamais plainte de son travail, de ses problèmes financiers ou bien d’un conflit avec son prochain. Une foule de questions viennent alors se bousculer dans nos esprits… Pourquoi y a-t-il autant de différences autour de nous, et pourquoi ce bonheur tant désiré semble perpétuellement échapper à certains, tandis qu’il paraît tendre les bras à d’autres ? Doit-on simplement accepter son sort avec résignation ? Pour celui qui est dans le doute ou dans le manque de connaissances, il y a toujours une apparente inégalité des chemins ou un sentiment d’injustice.

Les Esprits nous enseignent que notre monde est un monde d’épreuves et d’expiation : « Tel est l’état actuel de l’humanité terrestre, parce que la terre étant un monde d’expiation le mal y domine (…) » (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, Chap. 18 §4). De ce fait, notre présence sur terre prend un sens bien précis : en nous donnant l’opportunité de vie, nous pouvons, grâce à ces épreuves et ces difficultés, nous améliorer et progresser.

Quand bien même nous sommes sur terre pour être éprouvés et affronter des épreuves diverses, nous pouvons contribuer à améliorer notre situation et aspirer à un bonheur relatif. Ce serait une erreur de penser que notre existence doit être vouée exclusivement à la souffrance, sans aucune forme de compensation. Il est en effet tout à fait possible de prendre soin raisonnablement de notre condition. « (…) mais il dépend de lui d’adoucir ses maux et d’être aussi heureux qu’on le peut sur la terre. » (A. Kardec, Le Livre des Esprits, Q920). Dieu nous a dotés de facultés comme l’intelligence et le discernement. Nous nous devons d’utiliser ces moyens pour résoudre des situations inconfortables ou difficiles : « Vous demandez s’il est permis d’adoucir ses propres épreuves ; cette question revient à celle-ci : Est-il permis à celui qui se noie de chercher à se sauver ? à celui qui s’est enfoncé une épine de la retirer ? à celui qui est malade d’appeler le médecin ? Les épreuves ont pour but d’exercer l’intelligence aussi bien que la patience et la résignation ; un homme peut naître dans une position pénible et embarrassée, précisément pour l’obliger à chercher les moyens de vaincre les difficultés. Le mérite consiste à supporter sans murmure les conséquences des maux qu’on ne peut éviter, à persévérer dans la lutte, à ne se point désespérer si l’on ne réussit pas, mais non dans un laisser-aller qui serait de la paresse plus que de la vertu. » (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, chap. 5 § 23).

L’appréciation du bonheur vient souvent de notre capacité à répondre à des besoins vitaux d’une part, mais également à des besoins relatifs que la société crée ou bien que nous créons nous-mêmes. En fonction de ces besoins, la valeur du bonheur peut s’en trouver décalée par rapport à ce qu’il est raisonnable d’appeler « un besoin essentiel » ou bien un « besoin superflu ». Le Livre des Esprits nous indique dans la question 926 : « Les maux de ce monde sont en raison des besoins factices que vous créez. Celui qui sait borner ses désirs et voit sans envie ce qui est au-dessus de lui s’épargne bien des mécomptes dans cette vie. Le plus riche est celui qui a le moins de besoins. (…) ». Et Fénelon (Lyon 1860) de nous rappeler : « Que de tourments, au contraire, s’épargne celui qui sait se contenter de ce qu’il a, qui voit sans envie ce qu’il n’a pas, qui ne cherche pas à paraître plus qu’il n’est. Il est toujours riche, car s’il regarde au-dessous de lui, au lieu de regarder au-dessus, il verra toujours des gens qui ont encore moins ; il est calme, parce qu’il ne se crée pas des besoins chimériques, et le calme au milieu des orages de la vie n’est-il pas du bonheur ? » (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, chap. 5 § 26)

Les peines que nous subissons ne sont pas toujours d’ordre matériel. Un grand nombre d’afflictions sur cette terre sont aussi causées par des évènements les plus variés tels que la maladie, la perte d’un être cher, ou toutes sortes de conséquences liées à des choix d’ordre moral. Aussi nombreuses que variées, tant dans la forme que dans les causes, il est légitime de se demander à quel point nous méritons ces épreuves ou bien si nous les avons souhaitées : « Si Dieu est souverainement bon et juste, il ne peut agir par caprice ni avec partialité. Les vicissitudes de la vie ont donc une cause, et puisque Dieu est juste, cette cause doit être juste. Voilà ce dont chacun doit se bien pénétrer » (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, Chap.5 §3). Grâce au Spiritisme et aux enseignements des Esprits supérieurs, nous prenons peu à peu conscience de ce cheminement et des bienfaits que nous pouvons en retirer.

Les épreuves morales pullulent au quotidien et sont causées par des conséquences liées à nos rapports avec autrui. Ainsi, les conflits, les difficultés à vivre parfois en société ou bien dans notre famille, nos collègues de travail, sont tout autant d’épreuves destinées à nous faire comprendre des valeurs morales comme le pardon, l’oubli de soi, et la charité. Elles semblent effectivement contribuer de façon significative au poids des souffrances endurées au cours d’une existence, mais elles constituent des vicissitudes des plus enrichissantes sur le plan du progrès moral, seule richesse que nous emportons après notre désincarnation.

La perte d’êtres chers est toujours considérée comme une des épreuves les plus douloureuses. Même chez une personne ayant connaissance du doux message apporté par le Consolateur, une part de nous a toujours tendance à se révolter, malgré la promesse de retrouvailles et de continuité. L’Esprit Sanson, Paris 1863, nous rappelle dans l’Évangile selon le Spiritisme (Chap.5 §21) : « Ah ! cette douleur se conçoit chez celui qui n’a pas la foi, et qui voit dans la mort une séparation éternelle ; mais vous, spirites, vous savez que l’âme vit mieux débarrassée de son enveloppe corporelle ; mères, vous savez que vos enfants bien-aimés sont près de vous ; oui, ils sont tout près ; leurs corps fluidiques vous entourent, leurs pensées vous protègent, votre souvenir les enivre de joie ; mais aussi vos douleurs déraisonnables les affligent, parce qu’elles dénotent un manque de foi, et qu’elles sont une révolte contre la volonté de Dieu ».

La prise de conscience des besoins liés à nos chemins respectifs est déterminante et nous aide à comprendre pourquoi de tels évènements surviennent. Les Esprits faisant des choix prémédités avant leur incarnation sur des chemins de vie abrégés font aussi preuve de beaucoup de courage en prenant ces engagements difficiles. Quels que soient ces chemins, accidents ou maladies, il est essentiel de comprendre le sens profond de ces épreuves, qui apportent parfois un équilibre précédemment perdu, ou bien le progrès moral grâce à ces moments critiques.

« Bonne conscience et foi en l’avenir » sont les conseils donnés par les Esprits supérieurs (Q922 – Le Livre des Esprits). Il est essentiel de se souvenir des nombreux enseignements donnés dans l’Évangile, ainsi que dans les ouvrages de la codification spirite. Souvent, les choses peuvent se résumer ainsi : la bonne conscience constitue la première partie, qui est de notre responsabilité. Elle implique que nous devons agir en respectant nos convictions et les préceptes moraux que nous avons adoptés. Le second conseil, la foi en l’avenir, est la confiance que nous accordons à Dieu par notre foi dans les épreuves qui nous sont proposées, et nous avons donc la certitude qu’elles sont toujours appropriées et surmontables. Comme nous le voyons, chacun a sa part à accomplir : d’une part notre engagement et le respect des valeurs, d’autre part l’engagement du monde spirituel à nous aider à pourvoir à nos besoins et à nous apporter leur concours en toutes circonstances.

L’acceptation en ces principes nous aidera à surmonter facilement nos épreuves. Non seulement nous pourrons aborder nos chemins avec une plus grande sérénité ainsi que la paix de l’esprit, et plus grand sera le progrès. Comme nous le rappelle l’Évangile selon le Spiritisme : « L’homme comprend qu’il a mérité de souffrir, et il trouve la souffrance juste ; il sait que cette souffrance aide à son avancement, et il l’accepte sans murmure, comme l’ouvrier accepte le travail qui doit lui valoir son salaire. Le spiritisme lui donne une foi inébranlable dans l’avenir, et le doute poignant n’a plus de prise sur son âme ; » (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, Chap.6 §3)

Bien au-delà de toutes les richesses matérielles que la terre pourrait apporter, une grande récompense attend les hommes de bien qui sont parvenus à sortir victorieux de leurs épreuves. Non seulement l’immense satisfaction d’avoir pu surmonter ces difficultés avec « Bonne conscience et foi en l’avenir », mais également pour le progrès moral accompli, représentant pour chaque épreuve, un petit pas vers l’amour, la charité, le don de soi, le pardon, et toutes ces merveilleuses qualités qui sont autant de richesses pour l’éternité.

En conclusion de cette étude, nous pouvons encore citer A. Kardec : « Nous supportons impatiemment les tribulations de la vie ; elles nous paraissent si intolérables que nous ne comprenons pas que nous les puissions endurer ; et pourtant, si nous les avons supportées avec courage, si nous avons su imposer silence à nos murmures, nous nous en féliciterons quand nous serons hors de cette prison terrestre, comme le patient qui souffre se félicite, quand il est guéri, de s’être résigné à un traitement douloureux. » (Le livre des Esprits, Q936 – Commentaires)

Auteur : Richard Buono

Étude parue dans Vignes de Lumière n°2, Mai 2015

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