Le Pardon

« (…) Malheur à celui qui dit : Je ne pardonnerai jamais, car s’il n’est pas condamné par les hommes, il le sera certainement par Dieu ; de quel droit réclamerait-il le pardon de ses propres fautes si lui-même ne pardonne pas celles des autres ? Jésus nous enseigne que la miséricorde ne doit pas avoir de limites, quand il dit de pardonner à son frère, non pas sept fois, mais septante fois sept fois (…) »

 -L’ÉVANGILE SELON LE SPIRITISME, Chap.10 §4

En effet, il est facile d’imaginer combien serait difficile notre parcours si nous laissions constamment derrière nous des conflits non résolus, dont les effets se perpétueraient d’une incarnation à l’autre !

  1. Quel est le véritable sens du mot charité tel que l’entendait Jésus ?

« Bienveillance pour tout le monde, indulgence pour les imperfections d’autrui, pardon des offenses. »

-LE LIVRE DES ESPRITS

Il est souvent important d’analyser nos émotions et chercher à comprendre pourquoi une action de notre prochain peut nous blesser. La réponse à ces simples questions peut souvent nous aider : Pourquoi cela me blesse-t-il ? Ai-je le sentiment de ne pas être compris ou écouté ? Est-ce mon cœur ou mon orgueil qui s’exprime ? M’arrive-t-il de faire la même offense aux autres ? Cette offense se répète-t-elle souvent avec d’autres ?

Notre besoin de progresser nous fait choisir des épreuves parfois difficiles. Au cours de cette évolution, et particulièrement au cours de nos incarnations, nombreux sont les échanges avec d’autres Esprits. Nos différences, nos faiblesses rendent parfois ces rapports difficiles faisant naître de nombreux conflits et ressentiments pouvant engendrer des blessures très profondes.

Notre monde ne favorise pas non plus le rapprochement entre les personnes. Partout règnent l’orgueil, l’égoïsme et la violence, accentuant les tensions de façon permanente au quotidien. Dès lors que nous envisageons de suivre la route du progrès, telle que montrée par Jésus, il devient évident que nous devons apprendre à pardonner. En effet, il est facile d’imaginer combien serait difficile notre parcours si nous laissions constamment derrière nous des conflits non résolus, dont les effets se perpétueraient d’une incarnation à l’autre ! « (…) La mort, on le sait, ne nous délivre pas de nos ennemis ; les Esprits vindicatifs poursuivent souvent de leur haine, au-delà de la tombe, ceux contre lesquels ils ont conservé de la rancune ; c’est pourquoi le proverbe qui dit : “Morte la bête, mort le venin,” est faux quand on l’applique à l’homme » (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, Chap.10)

Bien au-delà de notre propre capacité à pardonner les offenses qui nous ont été faites, il y a également l’indulgence que nous demandons à Dieu en le priant d’excuser nos faiblesses. En ce cas, comment pouvons-nous espérer cette indulgence si nous-mêmes n’accordons pas à notre prochain cette même faveur ? Léon Denis nous rappelle : « Pardonner est le devoir de l’âme qui aspire aux cieux élevés. Que de fois n’avons-nous pas eu nous-mêmes besoin de ce pardon ? Combien ne l’avons-nous pas demandé ? Pardonnons, afin qu’il nous soit pardonné ! Nous ne pourrions obtenir pour nous ce que nous refusons aux autres. » (L. Denis, Le Problème de l’Être et de la Destinée, 5e Partie, item 48).

L’Évangile nous livre également au travers des paroles de Jésus un enseignement des plus instructifs à ce sujet avec l’exemple d’un esclave endetté : « C’est pourquoi, le royaume des cieux est semblable à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs. Quand il se mit à compter, on lui en amena un qui devait dix mille talents. Comme il n’avait pas de quoi payer, son maître ordonna qu’il fût vendu, lui, sa femme, ses enfants, et tout ce qu’il avait, et que la dette fût acquittée. Le serviteur, se jetant à terre, se prosterna devant lui, et dit : Seigneur, aie patience envers moi, et je te paierai tout. Ému de compassion, le maître de ce serviteur le laissa aller, et lui remit la dette. Après qu’il fut sorti, ce serviteur rencontra un de ses compagnons qui lui devait cent deniers. Il le saisit et l’étranglait, en disant : Paie ce que tu me dois. Son compagnon, se jetant à terre, le suppliait, disant : Aie patience envers moi, et je te paierai. Mais l’autre ne voulut pas, et il alla le jeter en prison, jusqu’à ce qu’il eût payé ce qu’il devait. Ses compagnons, ayant vu ce qui était arrivé, furent profondément attristés, et ils allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. Alors le maître fit appeler ce serviteur, et lui dit : Méchant serviteur, je t’avais remis en entier ta dette, parce que tu m’en avais supplié ; ne devais-tu pas aussi avoir pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi ? Et son maître, irrité, le livra aux bourreaux, jusqu’à ce qu’il eût payé tout ce qu’il devait. » (Matthieu 18:23-34) Jésus termine ainsi cet enseignement : « C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne à son frère de tout son cœur. » (Matthieu 18:35).        

On peut parfois être tenté lorsqu’il s’agit de pardonner, de reléguer ce devoir au second plan. Combien de fois ne sommes-nous pas enclins à penser que nous faisons tellement de choses pour la divulgation, pour notre propre progrès, ou bien pour notre centre, que le pardon peut attendre ? Jésus ne laisse aucune ambiguïté à ce sujet, plaçant le pardon au-dessus de tous nos devoirs : « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, viens présenter ton offrande. » (Matthieu 5:23-24)

Pourquoi est-ce parfois si difficile de pardonner ? Dans certaines situations, le pardon semble insurmontable. L’offense peut déclencher la colère, un sentiment de trahison, un profond désir d’obtenir justice, ou bien parfois l’envie de se venger. Il est souvent important d’analyser nos émotions et chercher à comprendre pourquoi une action de notre prochain peut nous blesser. La réponse à ces simples questions peut souvent nous aider : Pourquoi cela me blesse-t-il ? Ai-je le sentiment de ne pas être compris ou écouté ? Est-ce mon cœur ou mon orgueil qui s’exprime ? M’arrive-t-il de faire la même offense aux autres ? Cette offense se répète-t-elle souvent avec d’autres ? Ces petites introspections sont autant de bases utiles pour trouver le chemin du pardon, grâce à la compréhension de notre propre mode de fonctionnement, sur la façon dont les autres peuvent nous percevoir.

Cependant l’oubli de soi reste le plus important. Siméon nous propose cet enseignement dans l’Évangile selon le Spiritisme : « (…) tu enseigneras à tes frères cet oubli de soi-même qui rend invulnérable contre l’attaque, les mauvais procédés et les injures (…) ». Ces sages paroles nous rappellent que bien souvent, oublier son orgueil et son ego est la meilleure façon de ne pas entrer dans la rancune.

Lorsque l’offense est très grande et que le pardon semble impossible, nous devons également considérer en nous la grandeur de l’épreuve qui nous permettra de nous élever : « (…) Si leurs actes vous ont été personnellement préjudiciables, c’est un motif de plus pour être indulgents, car le mérite du pardon est proportionné à la gravité du mal ; il n’y en aurait aucun à passer sur les torts de vos frères, s’ils ne vous avaient fait que des blessures légères. (…)» (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, chap.10, § 4).

L’apôtre Paul, dans un message délivré à Lyon en 1861, nous enseigne qu’il y a deux façons de pardonner « (…) il y a le pardon des lèvres et le pardon du cœur. Bien des gens disent de leur adversaire : “Je lui pardonne,” tandis qu’intérieurement ils éprouvent un secret plaisir du mal qui lui arrive, disant en eux-mêmes qu’il n’a que ce qu’il mérite. Combien disent : “Je pardonne” et qui ajoutent : “mais je ne me réconcilierai jamais ; je ne le reverrai de ma vie.” Est-ce là le pardon selon l’Évangile ? Non ; le véritable pardon, le pardon chrétien, est celui qui jette un voile sur le passé ; c’est le seul dont il vous sera tenu compte, car Dieu ne se contente pas de l’apparence : il sonde le fond des cœurs et les plus secrètes pensées ; on ne lui en impose pas par des paroles et de vains simulacres. L’oubli complet et absolu des offenses est le propre des grandes âmes ; la rancune est toujours un signe d’abaissement et d’infériorité. N’oubliez pas que le vrai pardon se reconnaît aux actes bien plus qu’aux paroles. »

Bien souvent, le pardon n’est pas compris. Pourtant, le chemin du pardon est beaucoup plus abordable si on comprend le sens profond de ce qu’il implique : « (…) ce n’est donc point avoir pour eux une affection qui n’est pas dans la nature, car le contact d’un ennemi fait battre le cœur d’une tout autre manière que celui d’un ami ; c’est n’avoir contre eux ni haine, ni rancune, ni désir de vengeance ; c’est leur pardonner sans arrière-pensée et sans condition le mal qu’ils nous font ; c’est n’apporter aucun obstacle à la réconciliation ; c’est leur souhaiter du bien au lieu de leur souhaiter du mal ; c’est se réjouir au lieu de s’affliger du bien qui leur arrive ; c’est leur tendre une main secourable en cas de besoin ; c’est s’abstenir en paroles et en actions de tout ce qui peut leur nuire ; c’est enfin leur rendre en tout le bien pour le mal, sans intention de les humilier. (…) » (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, chap.12, § 3).

Il est une marque de progrès de pouvoir pardonner, mais aussi de comprendre que nous ne sommes pas tous au même niveau de compréhension et d’évolution. Nous nous devons d’être indulgents envers des personnes d’un autre niveau de compréhension des valeurs morales qui pourraient nous offenser, car pardonner, c’est aussi voir l’étincelle de lumière qui se trouve dans l’autre. Léon Denis nous suggère cette attitude en ces termes : « Dans toutes nos relations sociales, dans nos rapports avec nos semblables, il faut constamment se rappeler ceci : les hommes sont des voyageurs en marche, occupant des points divers sur l’échelle d’évolution que nous gravissons tous. Par conséquent, nous ne devons rien exiger, rien attendre d’eux qui ne soit en rapport avec leur degré d’avancement (…) ».

Toujours avec la même idée, Léon Denis complète cet enseignement : « (…) tous nous devons la tolérance, la bienveillance et même le pardon ; car si l’on nous cause du préjudice, si l’on nous raille et nous offense, c’est presque toujours par suite du manque de compréhension et de savoir qui résulte d’un développement insuffisant. Dieu ne demande aux hommes que ce qu’ils ont pu acquérir par leurs lents et pénibles travaux. Nous n’avons pas le droit d’en exiger davantage. N’avons-nous pas été semblables aux plus arriérés d’entre eux ? Si chacun de nous pouvait lire dans son passé ce qu’il a été, ce qu’il a fait, combien nous serions plus indulgents pour les fautes d’autrui ! Parfois encore, nous avons besoin de la même indulgence que nous leur devons. Soyons sévères pour nous-mêmes et tolérants pour les autres. Instruisons-les, éclairons-les, guidons-les avec douceur : c’est là ce que la loi de solidarité nous commande. » (L. Denis, Le problème de l’être et de la destinée, chap. 24).

Il arrive parfois que des évènements impliquant une offense et un pardon soient aussi partie intégrante des épreuves qui nous sont proposées afin de mettre en pratique ces enseignements et nous donner une opportunité de progrès : « (…) pardonner à ceux que Dieu a placés sur notre route pour être les instruments de nos souffrances et mettre notre patience à lépreuve. (…) » (A. Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, chap. 9, § 3). Il est également une opportunité de progrès pour l’offenseur, qui pourra se rendre compte de la force morale de celui qu’il a offensé. Grâce à cet exemple par le pardon, en se montrant compréhensif et compatissant, il permettra à l’offenseur d’entreprendre sa marche sur le chemin de l’amélioration.

Il apparaît évident que le pardon est une composante de la charité chrétienne : « Bienveillance pour tout le monde, indulgence pour les imperfections d’autrui, pardon des offenses. » (A. Kardec, Le livre des Esprits, Q. 886). Le pardon nous libère des émotions négatives, de nos entraves et nous permet de déposer un fardeau pesant qui peut même nuire à notre santé et à notre bien-être spirituel. Combien de fois avons-nous senti au fond de nos cœurs cette sensation de bien-être chaque fois que nous avons mis en pratique ces enseignements et pardonné à notre prochain ? Combien de fois avons-nous éprouvé ce sentiment d’harmonie et de paix chaque fois que nous avons pu malgré la difficulté, pardonner dans le cas d’une offense importante ? Cela nous démontre combien la récompense est grande dès lors que nous parvenons à faire ce pas merveilleux dans la direction du progrès moral.

Auteur : Richard Buono

Étude parue dans Vignes de Lumière n°2, Mai 2014

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