Le Progrès moral

  1. Le progrès moral suit-il toujours le progrès intellectuel ?

« Il en est la conséquence, mais il ne le suit pas toujours immédiatement. » (192-365).

– Comment le progrès intellectuel peut-il conduire au progrès moral ?

« En faisant comprendre le bien et le mal ; l’homme, alors, peut choisir. Le développement du libre arbitre suit le développement de l’intelligence et augmente la responsabilité des actes. »

– LE LIVRE DES ESPRITS

Lorsqu’il fut demandé aux Esprits Supérieurs qui est notre modèle le plus parfait pour nous enseigner ces valeurs, il fut répondu : « Voyez Jésus. »

Bien avant d’être une question d’actes, le progrès moral est avant tout une question de choix. Chaque incarné, chaque Esprit, dispose de son libre arbitre et d’une chance égale de progrès. Le Livre des Esprits exprime cette vérité sans ambiguïté : « En donnant à l’Esprit la liberté du choix, il lui laisse toute la responsabilité de ses actes et de leurs conséquences ; rien n’entrave son avenir ; la route du bien est à lui comme celle du mal. ». (Le Livre des Esprits, Q.258). Lorsque survient alors une prise de conscience confortée par l’expérience et la connaissance, suivie d’un désir profond de progrès, un long processus se met en place pour concrétiser ces choix par des actes.

Bon nombre de Spirites s’interrogent sur leur capacité à mettre en pratique ce qu’ils apprennent. Est-il normal d’éprouver de temps à autre des difficultés pour mettre nos actes au niveau de nos propres connaissances ? D’une façon parfois inexplicable, notre naturel nous maintient dans un mode de pensée ou d’agissement qui n’est pas forcément celui que l’on souhaiterait. Parfois, même en ayant la détermination de vouloir modifier son mode de vie en profondeur, on se rend compte que nos résolutions ne sont pas toujours suivies des faits dans la durée et très vite, le « naturel revient au galop ». Comment alors comprendre ce phénomène et comment ce progrès moral doit-il s’effectuer.

Il faut bien évidemment se garder de confondre le progrès intellectuel et le progrès moral. Bien que fonctionnant de concert, l’un s’appuyant sur l’autre, il s’agit cependant de deux formes de progrès bien distinctes. Le progrès intellectuel apporte la connaissance et l’érudition, tandis que le progrès moral est une conséquence du premier, assortie de la mise en pratique naturelle par des actes, de ces enseignements. (Le Livre des Esprits, Q.780)

Pour comprendre le progrès moral, il est important de s’attarder sur la compréhension du progrès intellectuel. Le processus d’acquisition de la connaissance nous permet d’avoir progressivement des repères, d’établir lentement un système de valeurs, et surtout de pouvoir faire des choix en pleine compréhension de ce qui est bon et de ce qui l’est moins dans le cadre de nos échanges avec notre prochain ou bien simplement vis-à-vis de nous-mêmes. Grâce à cette vision enrichie par l’étude et l’apprentissage, il sera ensuite alors possible de mieux se connaître et de savoir quelles sont nos faiblesses.

Lorsqu’il fut demandé aux Esprits Supérieurs qui est notre modèle le plus parfait pour nous enseigner ces valeurs, il fut répondu : « Voyez Jésus. »  (Le Livre des Esprits, Q.625). Ainsi, grâce aux enseignements des Évangiles, il nous est permis de comprendre plus facilement toutes les composantes du progrès moral. Il serait cependant impossible d’agir du jour au lendemain comme Jésus, et suivre sans faille tous ces enseignements. Des personnes se découragent parfois en se disant qu’elles sont incapables de suivre cette morale à la lettre. Il est alors important de rappeler qu’un modèle doit nous servir de référence vers laquelle nous devons tendre, à mesure de notre progression naturelle, sans forcer, à la mesure de notre compréhension progressive des valeurs morales.

Cependant, le progrès intellectuel et le progrès moral ne s’enchaînent pas immédiatement car ce dernier nécessite une période plus ou moins longue d’assimilation et de maturation.  On ne peut forcer une nature…  nous disaient les anciens. Ce principe est important car il résulte d’une conséquence de ce que le progrès moral d’un individu obéit à certaines règles générales immuables qui se calquent sur les Lois du Progrès Universelles. A la question « Le perfectionnement de l’humanité suit-il toujours une marche progressive et lente ? » (Q.783 du Livre des Esprits) il fut répondu : « Il y a le progrès régulier et lent qui résulte toujours de la force des choses ; (…) »

Avancer à petit pas et à sa mesure est bien plus raisonnable, faisant également preuve d’humilité devant la noble tâche du progrès. Il est intéressant de citer l’expérience de Saint Augustin qui propose un petit examen de conscience quotidien : « Faites ce que je faisais moi-même de mon vivant sur la terre : à la fin de la journée, j’interrogeais ma conscience, je passais en revue ce que j’avais fait et me demandais si je n’avais pas manqué à quelque devoir ; si personne n’avait eu à se plaindre de moi. C’est ainsi que j’étais parvenu à me connaître et à voir ce qu’il y avait à réformer en moi. Celui qui, chaque soir, rappellerait toutes ses actions de la journée et se demanderait ce qu’il a fait de bien ou de mal, priant Dieu et son ange gardien de l’éclairer, acquerrait une grande force pour se perfectionner, car croyez-moi, Dieu l’assistera. (…) ». (Le Livre des Esprits, Q.919 – commentaire)

Avant toutes choses, il convient d’être indulgent avec nous-mêmes. En effet, il ne servirait à rien de transgresser ces lois naturelles, et de se fixer des objectifs inatteignables engendrant la frustration, et finalement, le découragement. Les bons Esprits nous enseignent ce que nous devons tout d’abord commencer à faire : « Un sage de l’Antiquité vous l’a dit : Connais-toi toi-même. » (Le Livre des Esprits, Q.919). Bien se connaître, c’est bien connaître ses limites, et ce que nous sommes effectivement en mesure de réaliser naturellement, ou avec un effort raisonnable car notre cœur et nos actes sont là pour témoigner de la justesse de nos résolutions.

Léon Denis nous donne également cet enseignement : « Seul, un examen rigoureux de nos actes et de nos pensées nous permettra de nous réformer. (…) » (Léon Denis – Après la Mort, La vie morale). Mais il nous met également en garde : « (…) Mais comment l’orgueilleux se soumettrait-il à cet examen ? De tous les hommes, c’est celui qui peut le moins se connaître. Infatué de sa personne, rien ne peut le détromper, car il écarte avec soin tout ce qui serait de nature à l’éclairer ; il hait la contradiction et ne se complaît que dans la société des flatteurs. ». Il devient à présent clair que l’orgueil représente un des obstacles majeur au progrès moral. (voir aussi : Le Livre des Esprits, Q.785)

Quels sont donc ces actes permettant un progrès moral ? Devant l’immensité de la connaissance, il peut sembler difficile de savoir dans quelle direction aller, quels préceptes suivre. Cependant, il est surprenant de constater que tout peut se résumer en un seul principe universel simple, comme nous le rappelle le monde spirituel : « La morale des Esprits supérieurs se résume comme celle du Christ en cette maxime évangélique : Agir envers les autres comme nous voudrions que les autres agissent envers nous-mêmes ; c’est-à-dire faire le bien et ne point faire le mal. L’homme trouve dans ce principe la règle universelle de conduite pour ses moindres actions. » (Le Livre des Esprits, Introduction, §6)

Saint-Augustin nous donne un autre moyen d’examiner notre conscience : « Demandez-vous encore ceci : S’il plaisait à Dieu de me rappeler en ce moment, aurais-je, en rentrant dans le monde des Esprits où rien n’est caché, à redouter la vue de quelqu’un ? Examinez ce que vous pouvez avoir fait contre Dieu, puis contre votre prochain, et enfin contre vous-même. Les réponses seront un repos pour votre conscience, ou l’indication d’un mal qu’il faut guérir.  »

Toujours pour continuer sa leçon sur l’auto-examen du progrès moral, Saint-Augustin nous suggère également ces interrogations : « Quand vous êtes indécis sur la valeur d’une de vos actions, demandez-vous comment vous la qualifieriez si elle était le fait d’une autre personne ; si vous la blâmez en autrui, elle ne saurait être plus légitime en vous, car Dieu n’a pas deux mesures pour la justice. Cherchez aussi à savoir ce qu’en pensent les autres, et ne négligez pas l’opinion de vos ennemis, car ceux-là n’ont aucun intérêt à farder la vérité, et souvent Dieu les place à côté de vous comme un miroir pour vous avertir avec plus de franchise que ne le ferait un ami. » La leçon nous indique merveilleusement qu’il nous faut le plus souvent chercher les réponses chez notre prochain.

Léon Denis résume également très bien les principes de base étant les composantes naturelles du progrès moral énoncées tout au long de cette étude par les paroles suivantes : « Toute la puissance se résume en trois mots : vouloir, savoir, aimer !  Vouloir, c’est-à-dire faire converger toute son activité, toute son énergie vers le but à atteindre ; développer sa volonté et apprendre à la diriger. Savoir, parce que, sans l’étude approfondie, sans la connaissance des choses et des lois, la pensée et la volonté peuvent s’égarer au milieu des forces qu’elles cherchent à conquérir et des éléments qu’elles aspirent à commander. Mais, par-dessus tout, il faut aimer, car, sans l’amour, la volonté et la science seraient incomplètes et, souvent, stériles. L’amour les éclaire, les féconde, centuple leurs ressources. Il ne s’agit pas ici de l’amour qui contemple sans agir, mais de celui qui s’emploie à répandre le bien et la vérité dans le monde. » (Léon Denis, Le Problème de l’Être et de la Destinée, Chap XXV).

Il sera aisé alors, après avoir suivi tous ces préceptes, à son rythme, de reconnaître l’homme de bien pour qui les bonnes actions sont comme une seconde nature ne demandant aucun effort : « Ceux qui n’ont point à lutter, c’est que chez eux le progrès est accompli : ils ont lutté jadis et ils ont triomphé ; c’est pourquoi les bons sentiments ne leur coûtent aucun effort, et leurs actions leur paraissent toutes simples : le bien est devenu pour eux une habitude.(…) » (Le Livre des Esprits, Q.894), ou bien encore cet enseignement tiré de l’Évangile selon le Spiritisme Chap.18 §16 : « Cherchez les vrais chrétiens et vous les reconnaîtrez à leurs œuvres. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits.»

Grâce à ces enseignements, nous nous trouvons face à nous-mêmes et à notre désir de progrès, mêlé aux épreuves et aux vicissitudes de la vie dans la matière. Soyons heureux à chaque prise de conscience, soyons heureux à chaque petit pas fait vers le progrès. Plus que jamais nous devons, pour entreprendre ce chemin vers l’amélioration, prendre conscience de ce que nous sommes. Soyons indulgents envers notre prochain et soyons indulgents envers nous-mêmes car le secret du progrès réside dans l’Amour. L’Amour que Léon Denis nous exhorte à cultiver en ces termes : « Apprends à aimer ! L’amour est le sommet de tout, le but de tout, la fin de tout. De ce sommet se déploie et s’étend sans cesse, sur l’univers, l’immense réseau d’amour, tissé d’or et de lumière. Aimer est le secret du bonheur. D’un seul mot, l’amour résout tous les problèmes, dissipe toutes les obscurités. (…) » 

Auteur : Richard Buono

Étude parue dans Vignes de Lumière n°1, Mars 2014

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